La route des Grandes Alpes – Etape 2

Etape 2 – Annecy – Thonon les bains – Lanslebourg mont Cenis

Ce jour, nous attaquons les premiers cols et c’est du sérieux. Pour nous apaiser nous filons gentiment d’Annecy vers Thonon les bains via le magnifique petit village d’Yvoire.

Sur les bords agités du lac Léman, Yvoire présente une architecture médiévale à ne pas rater si vous passez dans le coin.

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Les fortes turbulences du  vent et la houle n’étaient pas du goût des pauvres canards autochtones, il s’étaient tous réfugiés sur un ponton. Ils avaient du faire un peu trop la fête la veille car tout ce petit monde dormait à ailes fermées.

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Nous ne restons pas longtemps dans ce village car nous avons une longue route à faire.

Thonon les bains –

Chevauchant nos fiers destriers, nous rallions facilement Thonon les Bains parmi les voitures des pauvres habitants qui vont au travail en ce lundi de septembre. Mais point de sentiment pour cette populace insignifiante, nous attaquons « La Route des Grandes Alpes ».

Grâce à la planification de Jérôme nous avons un Road Book précis et un hébergement assuré chaque soir. Félicitations à lui pour cette organisation sans faille jusqu’au bout du voyage.

Col des Gets –

Plus nous montons en altitude, plus le temps est humide et froid mais jusque là pas de pluie. Les choses sérieuses commencent par la froide traversée des « Gets » (1170 m) et une belle descente vers « Cluses ».

Col de la Colombière –

Le paysage se dégage et la chaleur revient pour nous porter vers le premier vrai col : « le col de la Colombière » (1613 m)

La route passe d’un aspect normal à une tortueuse petite départementale dont la largeur se réduit plus l’altitude augmente.

C’est le terrain idéal pour que les twins de la KTM et de l’Africa Twin puissent s’exprimer. Plus simplement, c’est le moment de faire la première petite arsouille entre frères.

Le sommet est facilement atteint ce qui est l’occasion de faire une première pause photo, la décontraction est de mise et progressivement nous oublions les petits tracas du quotidien pour vivre notre aventure pleinement.

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La descente vers « La Clusaz » est superbe, la route se tortille entre les petits chalets en bois plantés dans l’herbe encore verte sous le dernier soleil de l’été, le rêve de n’importe quel motard.

Le Grand Bornand –

Nous nous octroyons un resto pour récupérer. Jérôme ayant bossé dans le coin en profite pour nous faire connaitre l’un de ses amis accompagné de sa femme. Bien que les plats servis par le restaurant local soit en deçà d’une cantine de l’armée, nous nous réchauffons le corps sur la terrasse profitant d’un joli passage du soleil.

Col des Aravis –

Nous enchainons sur le col du « col des Aravis » (1486 m) mais j’ai bien conscience que ce sont de petits cols et que la suite va être de plus en plus dure considérant l’accumulation de fatigue due aux kilomètres qui s’accumulent.

Col des Saisies –

Pour ce col (1650m) pas de photo, c’est moche comme une fête foraine, des remonte pentes  de partout jusqu’a l’excès.

nous montons encore et toujours…

Cormet de Roselend –

Le temps se gâte, le plafond nuageux s’abaisse et nous disons adieu aux rayons de soleil remplacés par une fine bruine.

Nous faisons une pause au dessus du lac et à notre grande surprise nous rencontrons 2 motards allemands accompagnées de leurs femmes et voyageant sur des Goldwings suréquipées. Sympas mais la barrière de la langue est difficile à passer.

Nous sommes en vue du Cormet de Roselend (1968 m), le temps se fait plus menaçant et les premières gouttes viennent arroser nos motos pour la première fois du voyage. La montée vers le cormet nous fait apparaître la splendide vue sur la retenue de Roselend. Maintenant que les choses sérieuses commencent et que les conditions météo sont moins clémentes je m’ apperçoit des manquements de mon équipement. Les valises intégrées de mon frère en BM sont super pratiques, les miennes textile bien que recouvertes des protections pluie sont pas tout à fait étanches mais ce n’est qu’en cas de forte pluie que cela se gâte. Pour l’instant je n’ai pas de soucis à me faire. C’est plutôt la manipulation exaspérante que je dois faire pour sortir mon appareil photo du sac de réservoir qui m’énerve. J’ai placé ce fameux sac sur l’arrière de la selle et fixé avec un amas de sangles, après réflexion je mis 2 sandows beaucoup plus pratique pour tenir cet apendice. Toutefois je n’avais pas tout calculé un détail en achetant mon matos photo et mon casque. Possédant un intégral, je suis obligé de l’enlever pour prendre des photos car la visée « reflex » oblige à coller mon oeil sur le viseur. Mes deux frères, possèdent des modulables SHOEI parfait dans ces circonstances. Mon Schubert est par contre super confortable et très silencieux mais toutefois moins pratique dans les conditions « je ride, et je prends des photos 50 fois dans la journée ».

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Arrivés au sommet du Cormet de Roselend le paysage nous mets immédiatement dans le bain de la haute montagne, cet endroit et nous le verrons plus tard tous les autres cols de plus de 1700m ne sont pas fait pour la présence de l’homme. Nous ne sentons pas de danger mais comprenons que nous ne sommes pas à notre place ici et que si les conditions météo empirent nous serions assez vite en difficultés en cette fin d’été.

Il n’y a que de rares voitures qui passent ici et un ou deux campings car arrêtés non loin du Cormet comme s’ils envisageaient de passer la nuit ici. C’est une philosophie étrange du voyage mais le sentiment de naufragé volontaire doit être intéressant lorsqu’on doit passer une nuit dans cet endroit.

Dans un ciel très chargé nous entamons la descente vers bourg St Maurice et retrouvons progressivement la civilisation et le chaos de la circulation urbaine. Personnellement je préfère la solitude des sommets mais l’essence se trouve plutôt dans les villes …

Bourg St Maurice –

Il doit être 17h passées et nous avons encore un col à franchir avant de retrouver notre Auberge pour la nuit. Ma fatigue disparait au fur et à mesure que mon reservoir se remplit.

La prestation que m’offre mon africa twin est au delà de mes espérances, il faudrait que les écoles moto proposent à leurs élèves la traversée des Alpes, j’en apprend plus ici sur la conduite et la gestion de l’adhérence sur route humide qu’en toutes mes années de pilotage.

Un petit passage de route nationale nous permet de croiser à vitesse normale, nous filons vers le barrage de Tignes. Celui ci est très connu puisque une fresque représentant Hercule est représentée.

Val d’Isère –

Nous traversons Val d’Isère, le sanctuaire des habitations haut de gamme, ici on tranche la montagne comme du beurre pour y construire des chalets qui doivent couter des fortunes toutefois le paysage et l’architecture locale est respecté.

A la sortie de la ville se présente majestueusement le mont Iseran, j’ai bien vécu dans un pays de montagnes mais il faut dire que lorsqu’on s’attaque à ce mont on se sent tout tout petit. Les frères passent devant avec leurs grosses cylindrées et mon petit mais vaillant 750 s’attaque au 2764 m de l’iseran. Fous que nous sommes, il est déjà trop tard dans la journée pour faire cela, l’absence totale de voitures ou de motos le confirme. Nous allons pas en sortir indemne car les sommet baigne dans un énorme nuage très menaçant.

Le début de la montée se passe très bien et les panneaux indiquent kilomètres par kilomètres la progression en altitude et la distance à faire jusqu’au sommet. Tout s’enchaine naturellement, les frères on un bon rythme mixant prudence et plaisir de conduite.

Pas le temps de prendre des photos, c’est une de nos plus grandes étapes il ne faut pas traîner. Plus nous montons plus le silence est pesant, la température s’effondre, les virages sont plus serrés et rapprochés. Les kilomètres sont de plus en plus difficiles, plus nous montons moins il y a de végétation. Nous entrons dans la quatrième dimension, le parapet disparait, en cas de tout droit c’est un direct vers la station de val d’Isère, le bord de route est vertigineux. Impossible de regarder la vallée, c’est bien connu la moto va là ou son pilote regarde, mais je ne puis m’empêcher de regarder ce formidable panorama. Ravalant ma salive instinctivement je m’auto contraint à une concentration extrême pour continuer cette vaillante montée sans lâcher le rythme. les frangins s’en sortent très bien mais tout le monde à une petite tendance à rouler du côté montagne plutôt que de frôler le précipice.Petit coup d’oeil encore dans la vallée et mon pneu avant se rapproche du côté mortel de la route, il faut vraiment avoir l’habitude de ces altitudes, je ne roulerais pas ici avec de la neige ou du verglas pour tout l’or du monde.

Le paysage change encore, c’est le désert, la Lune ? que de la caillasse en gros volume. On dirait que les immenses rochers sont tombés du ciel, leur couleur jaunâtre ajoute à l’impression de quitter la terre. Cela ne se raconte pas, cela se vit. Je pense que se passage restera gravé dans nos mémoire à tous trois tant la solitude de l’endroit est touchante et inquiétante.

Mais comment des personnes ont t’il pu construire un passage et une route ici ? la liaison entre vallées en valait-elle la chandelle ? Certainement que oui.

Les derniers kilomètres mettent à mal le couple de l’africa twin, je tourne la poignée des gaz pour me relancer après chaque épingle mais le bruit roque du moteur et la faible reprise qui s’en suit me fait comprendre que je perds autant de chevaux que je prends de l’altitude. A ce rythme je vais finir en solex au sommet…

Incroyable c’est plus la lune, je suis sur Mars, le paysage a encore changé, la route n’est plus aussi tortueuse les derniers kilomètres ne se font plus suspendus au dessus du vide mais sur un no man’s land presque droit.

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Nous sommes en vue de la borne du sommet, je dois arriver avec le dernier cheval qui me reste dans le moteur. J’exagère un peu mais cette montée vous prend les tripes jusqu’au bout avec n’importe quel véhicule. Dire que notre père l’a faite avec un volkswagen transporteur c’est mémorable.

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Cela fait un moment que le froid m’assaille mais l’excitation de cette montée est telle que si vous commencez cette ascension, vous tracez jusqu’au sommet sans le moindre arrêt.

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Petit secret de motard, en général sous le casque il ne se passe que des calculs de trajectoire, de la réflexion sur la répartition de la masse corporelle par rapport à l’adhérence ou autre joyeusetés. Par conte quand tout se corse, qu’il fait froid, qu’il y a de la buée sur la visière en montant un col de 2764 m sans parapet, l’esprit se comporte comme le tableau de bord d’un avion en perdition. Tous les voyants sont au rouge, ça bippe dans tous les coins.

En général viens le moment ou l’on se parle dans le casque puis lorsqu’on flippe bien on se met doucement à chanter une chanson réconfortante. Pour moi ce fut « I believe i can fly » en regardant le précipice, très réconfortant n’est ce pas ?

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Nous avons modestement vaincu l’Iseran, les discutions fusent au sommet, blagues et rires fendent le silence monacal des lieux. Sans savoir précisément la température nous sentons que c’est pas loin du zéro. Même Jérôme qui d’habitude est blindé contre le froid a dit « ça caille ». Incroyable, à la limite je pensais que mon grand petit frère était un yéti tant il n’avait jamais froid. Hé bien là il se les gelait comme nous.

Nous sentons d’autant plus maintenant au sommet qu’il ne faut pas trainer et rejoindre Lanslebourg sans tarder. La scéance photo fu prompte et je m’aperçoit que Jérôme peine un peu à détacher l’autocollant Cantal pour la photo, ces doigts doivent commencer à geler comme dans les films de montagne ou il faut les couper quand ils se gangrènent… Quelle horreur.

Clic clac c’est kodak, plutôt Canon pour moi mais bon il est temps de passer en mode « winter » comme le dit Vincent. Mon petit petit frère (env 1m88 quand même)  n’as pas de gants chauds comme moi mais lui il profite de ses poignées chauffantes. Nous nous confions quand même que la montée avec le vide en perspective n’était pas de tout repos. La prétention d’invincibilité légendaire des motards est laissée de côté pour une séance de franchise fraternelle.

Il est temps de regagner notre Auberge douillette. We did it !!! On l’a fait !!

Mais ….

L’iseran n’est pas un sommet qui ne vous donne que du plaisir, il sait aussi vous le faire payer.

50 m après avoir quitté la borne de la victoire nous pénétrons dans un immense nuage noir, c’est la nuit immédiate, c’est irréaliste, le temps est tout autre sur ce versant. Ok no problémo j’ai connu pire en moto me dis je. Peut être pas, il se met à neiger dru immédiatement dans le noir total sur une route étroite sans parapet (encore). S’il y a bien une chose incompatible avec la moto c’est bien la neige. Lorsque tout se mets contre nous le seul paramètre que nous pouvons gérer c’est la vitesse. Dans c’est conditions il faut progresser absolument en faisant le dos rond en pensant à rien puisque toute notre attention est prise par la route. Impossible de fermer la visière, la buée envahit tout, on en prend notre parti et encaissons le grésil neigeux à même nos yeux. Vous pouvez me croire c’est douloureux mais il n’y a pas d’autre solution. Bravo à Vincent qui à la visière pin lock …. dans son sac.

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Un petit tunnel apparaît, il pourrait être salvateur mais impossible de s’arrêter nous ne devons pas rester ici.

J’ai l’habitude de me mettre derrière lorsque ça deviens difficile, responsabilité du grand frère, ramener tout le monde à bon port même si je dois me l’avouer je ne peux pas progresser plus vite de toutes façons. La neige redouble, je suis obligé de m’arrêter pour mettre les protections de pluie sur mes sacoches et surtout sur le sac refermant mon appareil photo. Mes frères ne m’ont pas vu m’arrêter et progressent tant bien que mal. Je vois leurs phares en contre bas. Grand moment de solitude.

Côté tenues je sais que jérôme est en Jeans, Vincent et moi avons depuis ce matin mis le pantalon de moto. Cela va donc être critique pour Jéjé dans peu de temps, être trempé et dans le froid ce n’est tenable que quelques minutes pas plus.

A l’allure d’un escargot au galop contre le vent j’arrive jusqu’à mes comparses qui se sont arrêté au milieu de la route, de toutes façons il n’y a pas âmes qui vive à part un troupeau de vaches autochtones. Jérôme se change dans les ruines d’un buron. J’aperçoit un bonhomme au loin au milieu des silhouettes de vaches. C’est sans doute l’éleveur qui tente de protéger son troupeau du mauvais temps. A cet instant je m’aperçois que nous avons arrêté nos moto devant la clé du champ. Pendant que Jérôme enfile certainement difficilement son pantalon de moto, les vaches psychopathes s’approchent dangereusement de nous. Je demande donc à Vincent qui prends des photos de pousser sa KTM au cas où les vaches veuillent sortir par là. Rigolo petit frère qu’il est, il se fiche complètement de ma remarque et continue à me mitrailler de photos ne sentant pas arriver ma mort prochaine écrasé par un troupeau de laitières enragées. De plus ce ne sont même pas des Salers, le comble pour un Cantalien.

Les vaches se rapprochent encore poussées par cet aveugle fermier, je me croirais dans un mauvais film de série B. Le retour de la vengeance des mamelles bovines !! ça y est je vois repasser toute ma vie devant mes yeux, ne pas aller vers la lumière blanche au bout du tunnel !! Finalement Vincent pousse sa moto et Jérôme sort tout équipé. Ouf je suis sauvé. C’est l’enfer ici

Nous parcourons des dizaines de mètres à la limite inférieure que peut nous apporter de l’équilibre de la force centrifuge c’est à dire à 10 Km/h.

La nuit est totalement tombée maintenant il est environ 21h, heureusement nous voyons des lumières dans la vallée. Au lieu de nous rassurer nous nous rendons compte que nous frôlons une nouvelle fois une paroi vertigineuse, de nuit sous la neige qui progressivement se change en pluie glaciale. Je commence à douter de l’adhérence de mes pneus, chaque lacet de la route se passent avec un luxe de précautions. la descente est interminable, merci L’Iseran si nous pouvons raconter cela un jour ce sera formidable.

Complètement vannés nous arrivons au village, Re victoire, mais une nouvelle déception nous attends ce n’est pas Lanslebourg !! Il faut se taper encore 33 km dans une vallée glaciale, je sais que nous tapons dans nos réserves et je n’ose penser à notre état demain.

Nous parcourons les derniers kilomètres, en mode Zombie en ce qui me concerne.

Lanslebourg mont Cenis –

Déconcentration oblige, nous perdons Vincent dans un rond point ou était indiqué la direction de l’Auberge de Jeunesse, je ne mis pas longtemps à le retrouver et nous repartîmes tous trois dans le bon chemin guidés par Jérôme.

Je crois que nous étions vraiment content de voir Mme L’aubergiste à ce moment, après être repartis en ville pour chercher notre pitance nous avons assiégé la chambre étalant tant bien que mal nos affaires partout. Quelle délivrance à ce moment de prendre un douche chaude. L’Aubergiste dont j’ai omis le prénom commençait à s’inquiéter car lorsqu’on connait la topologie du coin il apparaît que nous pouvions arriver que du mont Iseran.

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La soirée se finit par des éclats de rire nerveux tant la journée fut éprouvante.

Demain à nous l’Italie et le hors piste sur la Stella Alpina …

4 réponses à “La route des Grandes Alpes – Etape 2

  1. c’est vraiment extra, j’ai vu Jérôme l’autre jour il m’a raconté un peu, quelle aventure…
    Sinon tu peux pas les mettre un tout petit peu plus grande les photos ?

  2. Le frangin devait prendre la suite pensant que j’allais pas assez vite , voilà ce que cela à donner : le grand vide …

    Pff ces petits frères faut se les farcir toute notre vie ….

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